La compatibilité entre le rap et l’homosexualité est un débat qui agite depuis plusieurs années le milieu du Hip-hop. Longtemps considéré comme homophobe, le rap connait une évolution de mentalité avec des artistes qui assument leur homosexualité et d’autres qui soutiennent ce mouvement.

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Eminem et Elton John aux Grammy Awards en 2001 AFP / Getty Images

Né dans les ghettos américains dans les années 70, le rap est un courant musical et culturel qui appartient au mouvement Hip Hop. Avec l’apparition des « bloc party » dans les années 80, des grands rassemblements regroupent danseurs, DJs et rappeurs. De là naitront les premières « stars » tel que Run DMC. Le style était funky et conçu pour les discothèques. Le mouvement prend de l’ampleur et arrive en France.  Puis vient l’année 85, tournant dans l’histoire du rap, avec l’apparition du groupe « Public Enemy » qui délaisse le côté festif pour dénoncer les inégalités sociales et raciales. En France des groupes comme NTM émergent avec  des discours inspirés des américains. C’est au milieu des 90’s que le rap change définitivement avec l’arrivée d’artistes comme 2 PAC et Notorious BIG.  Armes, drogues, et homophobie sont désormais les mots d’ordre, le gangsta rap vient de naitre.

Une musique aux codes homophobes? L’avènement du gangsta rap a instillé dans la culture urbaine ce côté hyper virilisé. Des codes aux parfums de testostérone qui se sont accrus au fil de cette décennie. Selon la journaliste Eloïse Bouton « Le rap a des clichés hétéronormés: filles à poil, grosses bagnoles, alcool, argent. ». Ainsi, des rappeurs comme Ice Cube clamaient à l’époque leur homophobie dans leurs textes. Pour le rappeur Neilu J, ce côté homophobe est un état d’esprit: « Le rap c’est un milieu où les gens font les durs, c’est normal que ce soit encore tabou. ». Alors est-il plus simple d’être lesbienne dans le rap? Eloïse Bouton affirme: « Pour les femmes il y a un côté double discrimination, déjà parce que ce sont des femmes, et parce qu’en plus elles sont homos ». Le milieu hip hop serait-il donc hétérosexuel?

Aux Etats-Unis, le rap est plus ancré dans la culture populaire. Selon Eloïse Bouton « Quand on voit Jay Z et Beyoncé aux côtés d’Obama il n’y a rien de choquant. Si on voyait Booba avec François Hollande on se dirait qu’il essaye d’aller choper des voix auprès des jeunes de banlieue ». Elle rajoute qu’en France « le rap n’a pas la même place. On dirait que dans l’imaginaire collectif cela appartient aux banlieues». Un problème social en somme. La bloggeuse de Madame Rap observe en revanche sur le Nouveau Continent un changement de mentalité depuis 2010. « Il y a un nouveau courant hip hop qui est né des cendres de la « ball culture », le pilier des identités africaines, latino américaines et LGBT ». Il y a ainsi des artistes tels que Azealia Banks et Franck Ocean qui ont officiellement fait leur coming out, ainsi que le courant du rap queer, avec Mykki Blanco en tête de file, qui joue sur l’ambiguïté.

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Mykki Blanco, Fer de lance du rap queer

La France accuse aujourd’hui un retard conséquent sur son voisin d’outre-Atlantique. Parmi les centaines de rappeurs présents sur la scène hexagonale, seul un a reconnu son homosexualité. Il s’appelle Monis. Cet artiste dijonnais ne s’est jamais caché mais refuse de plaider pour la cause gay : « Je le dis, je ne suis ni un militant ni un porte parole, je suis juste un petit mec qui écrit ses idées et qui les met en musique. » Même s’il reconnait ne jamais avoir souffert d’homophobie dans le milieu, il admet qu’il n’est pas facile de se faire une place en France : « Nous sommes un pays très conservateur, on n’aime pas vraiment la diversité et l’ouverture à l’autre. Aujourd’hui dire « je suis homosexuel » est une chose encore assez compliquée à assumer ». Une difficulté en vertu de tous ces codes et termes propres au Hip-hop.

Un jargon homophobe qui est pourtant devenu trivial et qui n’a plus aujourd’hui la même essence. La plupart des rappeurs n’ont d’ailleurs pas conscience de l’impact que peut avoir certaines de leurs punchlines. Aurélien Burlet, journaliste spécialiste rap, explique que « pour eux, le terme « pédé » ou « tapette » est un mot générique. Ça englobe plein de choses comme le sont des mots comme « LOL » ou « bouffon ». Donc quand ils sortent ces termes, il peut y avoir de nombreuses significations différentes ». Pour Monis, il y a un « manque d’éducation ». Les rappeurs ont un vocabulaire défini et ne pèsent plus leur mot. Le rappeur de Dijon raconte par exemple: « en 2008, j’avais fait un concert, et à la fin un mec est venu me voir pour me féliciter et me dire « franchement plus jamais je ne dirais « sale pédé » ou « va te faire enculer » à quelqu’un ».

Depuis une dizaine d’années, des rappeurs tentent de faire évoluer les choses en apportant leur soutien à la cause homosexuelle. Lors des Grammy Awards en 2001, Eminem avait ainsi interprété sur scène son célèbre morceau « Stan » avec Elton John, artiste ouvertement gay. Ils avaient conclu cette prestation main dans la main. En France, c’est l’apparition de Joey Starr dans le film « L’amour dure 3 ans » sorti en 2012 qui a fait réagir. L’ancien membre du duo NTM y incarnait un gay refoulé. Une première pour un rappeur français. Des actions qui peuvent sembler insignifiantes mais encourageantes comme l’explique Eloïse Bouton : « C’est positif je pense, cela permet de créer des « role models » pour les jeunes »

Révéler son homosexualité dans ce milieu peut s’avérer être à double tranchant. Malgré le respect de la démarche, l’artiste peut vite se retrouver avec l’estampillage « artiste gay ». C’est notamment ce que dénonce la rappeuse Azealia Banks qui a fait son coming-out dans sa chanson « 212 » : « je ne veux pas devenir la rappeuse lesbienne, ni que les gens m’imposent une catégorie ». Monis a aussi dû faire face à ce problème : « Canal + ne m’aurait jamais invité si je n’avais pas dévoilé mon homosexualité ». Une stigmatisation qu’il retrouve aussi dans certaines maisons de disques : « il y a des producteurs qui interdisent à certains rappeurs de révéler leur homosexualité. Certains m’ont conseillé d’enlever tous les passages y faisant référence». Alors quand on lui pose la question « Que faudrait-il modifier dans l’industrie du disque pour que cela change? », il répond: « Peut-être que l’humain repasse avant le CAC 40 ».

José Kossa, Jean-Baptiste Graziani et Maxime Dubois

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